Cripta

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AVANT-PROJET DE LA CRYPTE

PROJET : Enric Pladevall          POÈME : Lluís Solà i Sala

Une crypte dédiée à un arbre, tel est, en substance, l’objectif et le sens de ce projet. Cela faisait déjà plusieurs années que me trottait dans la tête l’idée de faire une crypte à l’Olivar avec l’un de mes menhirs, dans le style des navetes minorquines, desquelles je m’étais inspiré dans les années 1980 pour de petites pièces en bronze.

La crypte commence à prendre forme dans le projet grâce à un arbre centenaire. Et aussi grâce à l’expérience acquise avec le projet « Arbre de la vie » que j’avais réalisé pour le CosmoCaixa. L’Olivar est le lieu que j’ai finalement choisi, et où mon projet prend tout son sens. Il m’a fallu tout d’abord trouver et choisir l’olivier millénaire ayant la force, la morphologie, la présence et les dimensions appropriées. L’ai-je trouvé ou est-ce lui qui m’a trouvé ?

Comme le fait remarquer mon ami Lluís Solà i Sala, auteur du poème « Arbre du monde », qui participe à l’élaboration de l’œuvre, « “Crypte” est un mot grec qui veut dire caché, dissimulé, recouvert, protégé. Un célèbre aphorisme grec nous dit que “la nature aime à se cacher” (se crypter, se dissimuler, c’est-à-dire ne pas se révéler pleinement, ne pas dévoiler son secret). Le christianisme a ensuite utilisé ce mot pour désigner l’endroit caché d’une église. C’est un terme qui laisse donc beaucoup de marge. »

Mes réticences à utiliser le mot « crypte », en raison de ses connotations religieuses, se sont dissipées en découvrant la « marge » dont parle Lluís. Cette marge qui lui permet d’avoir le sens d’énigme, de protection, de révélation d’un être vivant, un arbre du monde – de notre monde, de notre terre, de cet endroit même – que j’entends vénérer, sublimer dans cette crypte. Mais cette vénération serait plus proche des totems de la série Titan, avec laquelle je me propose d’explorer les interrelations et contradictions entre le monde naturel et l’être humain. Cette intuition, qui m’accompagne depuis le début de mon œuvre, m’a fait m’éloigner des cryptes des premiers chrétiens, dédiées au culte des saints et des martyrs qu’ils enterraient, mais pas de leur « spiritualité », ni de la notion de sacré, plus proche de l’inconnu dont nous parle le poète Joan Vinyoli. Elle se situerait loin, très loin, des dogmes et des religions de l’au-delà. Et peut-être se trouverait-elle plus près du shintoïsme japonais.

Je voudrais, toutefois, qu’à tout moment cette crypte soit un hymne à la vie, plutôt qu’un monument funéraire (qu’elle est aussi), car honorer le « passé » est absolument indispensable pour honorer la vie, l’« aujourd’hui » et le « demain ». Je voudrais qu’elle soit un lieu où l’on puisse ressentir l’énergie d’un arbre, être avec lui, percevoir sa tragique vitalité, aussi bien physiquement qu’émotionnellement. Un lieu où l’on puisse pénétrer dans l’obscurité, arpenter le long tunnel, sentir le temps et l’espace, en cheminant lentement vers la lumière, vers le sublime. Je voudrais qu’elle soit un hommage à l’Arbre du monde.

Rapport technique

Une crypte cylindrique en fer de 8 m de diamètre et 11 m de haut. De l’extérieur on ne voit qu’un cercle en fer de 5 m de diamètre avec le texte du poète Lluís Solà « Arbre du monde » en lettres de fer. Au milieu de ce cercle, un œil en verre de 90 cm nous permet de voir l’arbre suspendu par des câbles aux murs du cône tout en laissant entrer la lumière à l’intérieur d’une façon précise. Les racines regardent vers le ciel et les branches vers la terre.

Le moins que l’on puisse demander à un artiste est qu’il altère l’ordre des choses.

On accède à l’intérieur de la crypte par un escalier conduisant à un espace-réception souterrain ouvrant sur un tunnel de 23 m de long menant à un balcon situé à peu près au milieu de la crypte. L’olivier est juste en face. Le balcon permet une vue à 360º et de pouvoir ainsi contempler le miroir d’eau qui se trouve au fond (à 6 m de haut) et dans lequel se reflètent les branches de l’arbre tout en en doublant la distance. L’espace-réception et le tunnel nous permettront de nous en approcher lentement et d’observer et de sentir sa présence, son haleine. La crypte aura un éclairage zénithal en journée (réglable à l’aide d’un diaphragme), ainsi qu’un éclairage artificiel pour le soir. Elle ne pourra pas accueillir plus de cinq à huit personnes à la fois. L’ensemble devra être étudié avec précision, tant pour ce qui est des distances que des absences, des mesures, de la mémoire, des ombres, et même de la lumière du soleil et de la lune. Et, par dessus tout, il devra être pensé pour l’homme qui s’avance, qui respire, qui vit et qui ressent.

Enric Pladevall

2017

 

Je tiens à remercier ma famille pour sa patience et à exprimer ma gratitude à mon ami le poète, architecte et écrivain Quim Español, ainsi qu’à tous ceux qui ont pris part à ce projet – ingénieurs, architectes, dessinateurs techniques, artistes vidéo, soudeurs, mécaniciens et autres. Je remercie aussi tout particulièrement mes sponsors, quelle que soit leur contribution, car il m’aurait été impossible de mener à bien ce projet sans eux.

Printemps 2022